Training: Guide to art modelling through experience

Formation : Guide du modèle d’art à travers l’expérience

Être modèle artistique c’est travailler avec son corps, la nudité, ses émotions, pour des artistes peintres, dessinateurs, sculpteurs ou photographes. La bonne nouvelle, c'est que dans ce monde, n'importe qui peut être modèle. Il n'y a pas de corps ou de personnalité standard car l’accent est mis sur la présence qui émane du corps plus que sur sa plastique.

Damian Siqueiros, Montreal 2013

Damian Siqueiros, Montreal 2013

To be an artistic model is to work with your body, your nudity and your emotions, for painters, drawers, sculptors or photographers. The good news is that in this world, anyone can be a model. There is no standard body or personality because the emphasis is on the presence that emanates from the body rather than on its appearance.

Snakes and Mangoes, with Clara as a model, Ottawa 2015

Snakes and Mangoes, with Clara as a model, Ottawa 2015

Le premier apprentissage : travailler avec l'espace

Je travaille avec des artistes depuis une dizaine d'années maintenant. J'ai commencé à New York, dans l'atelier de Spring Street de Minerva Durham. J'avais alors 19ans. Mon premier jour sur la sellette (l’estrade sur lequel le modèle pose), nue devant une vingtaine d'artistes crayons à la main me transperçant d’un regard académique prêt à remplir leur feuille blanche, j'ai cru que j'allais m'effondrer de peur. On ne m'avait jamais dit quoi faire, expliquer comment poser. Mais j’en suis arrivée à bout. Et ma première prestation fut catastrophique il va sans dire. Ce n'est qu'à ma deuxième session, pour un cours de dessin sur le mouvement, que mon corps s'est lâché, que j'ai oublié la nudité, et que j'ai compris que ça n'était pas à propos du nu ou du corps, mais à propos de l'espace qui vit autour de celui-ci. L’espace qui se formait entre mes bras et mes jambes, mon corps et le sol, comme un monument architecturale fait de lumière, des volumes et d’angles, s'est révélé comme un secret gardé par les ateliers d'artistes. Ça fut un déclic.

Atelier Antonio Cerdan, Montreal 2016

Atelier Antonio Cerdan, Montreal 2016

Atelier UQAM, Montreal 2016

Atelier UQAM, Montreal 2016

The first learning: Working with space

I’ve work nude with artists for about ten years now. I started in New York, in the Spring Street Studio of Minerva Durham. I was 19 years old. My first day on the stage, the platform on which the model poses, naked in front of twenty artists, crayons in hands, looking at me with an academic glance and ready to fill their white sheet, I felt like I was going to collapse of fear. I had never been told what to do, explain how to pose. But I got through it. My first performance was catastrophic, it goes without saying. It was at my second session, for a course of drawing on the movement, that my body let go, that I forgot the nudity, and that I understood that it was not about the nudity or the body, but about the space that lived around it. The space that was formed between my arms and my legs, my body and the ground, like an architectural monument made of light, volumes and angles got revealed to me as a secret well kept by the studios of artists. It was the trigger.

Jane Lafarge Hamill, New York 2007.  For a few month I would get to her studio a couple of times a week. I would pose and tell her about my New York encounters and stories of the day. She would paint my soul. 

Jane Lafarge Hamill, New York 2007.  For a few month I would get to her studio a couple of times a week. I would pose and tell her about my New York encounters and stories of the day. She would paint my soul. 

Svetla Velikova, Montreal 2014

Svetla Velikova, Montreal 2014

Le deuxième apprentissage : travailler de l'intérieur

Un an plus tard j’étais à Montréal. C'est là que j'ai vraiment commencé à travailler comme modèle artistique pour la photographie. Un jour, alors que je posais pour un photographe assez renommé à l’époque, et que je me trémoussais en espérant faire de "bonnes poses", il me dit: "bon, c'est joli, mais je connais ces poses clichées que toutes les filles font. Est-ce que tu serais capable de me proposer autre chose? Qu'est ce que tu sens quand tu as une émotion avec quelqu'un que tu aimes par exemple". Et là, ce fut le deuxième déclic. J'ai compris qu'il ne fallait pas travailler avec l'enveloppe, mais avec le senti, l'émotion, l'intérieur.

Par la suite, j'ai appris que chaque élément de mon environnement lors d'une session m'influence: la taille de l’espace, le studio, l'énergie du photographe, la sonorité de sa voix, la lumière, la musique. Chaque élément et chaque émotion allaient devenir mon allié pour créer quelque chose d'unique à chaque fois. Il suffisait de me laisser guider, d'interpréter avec mon corps et de raconter ce que je sentais. Et l'exploration est devenue infinie, car il n'y pas deux scènes identiques.

Julie Laurin, exploration in Ottawa 2015

Julie Laurin, exploration in Ottawa 2015

The second learning: working from the inside

A year later I was in Montreal. This is where I really started working as an artistic model for photography. One day, when I was posing for a photographer fairly renowned at the time, and jiggling hoping to make "good poses", he said to me: "well, it's nice, but I know these cliché poses that all the girls are doing ... Can you propose something else to me? What do you feel when you have an emotion with someone you love for example?" And that was the second trigger. I understood that it was not necessary to work with the envelope, but with the feeling, the emotion, the interior.

Afterwards, I soon realized that every element of my surrounding in the setting of the session influences me: the size of the space, the studio, the energy of the photographer, the sound of his voice, the light, the music. Each element and each emotion would become my ally to create something unique every time. I just had to let them guide me, interpret with my body and tell what I felt. At this point the exploration became infinite, for there are not two identical scenes.

François Gauthier, Montreal 2015

François Gauthier, Montreal 2015

Ruth Steinberg, Ottawa 2017

Ruth Steinberg, Ottawa 2017

Le troisième apprentissage : avoir du recul

Sur mon chemin, mes études en anthropologie qui constituaient mon activité principale m'ont appris à toujours avoir un regard critique et un recul par rapport à mon travail de modèle. Très vite j'ai compris que le nu, le corps, la place de la femme, ou tous ces éléments ne sont pas neutres: ils constituent un en eux-même un bagage culturel important chargé de non dit et de symbole, à considérer dans la création artistique bien entendu, mais aussi dans le rapport entre le photographe et le modèle.

J'ai aussi réalisé que sur le plan de la psychologie humaine, je flirtais avec les fantasmes, les projections et l'inconscient de l'autre. Je suis devenu un écran blanc sur lequel le psychisme de l'autre se déroulait. Les émotions que l'on me demandait ou les poses me donnaient une idée de l'individu que j'avais en face de moi, de ses limites, de ses peurs et de ses espaces de fragilités. J’ai compris que moi aussi, j’avais mes propres biais et mes propres histoires à rejouer, à investiguer. Voir le regard de l'autre, comment je réagissais face à certaines personnes, m'a beaucoup appris sur l'être humain.

Mes plus belles collaborations ont été avec des artistes qui, eux aussi conscients de cet entre-deux dans lequel la création tombe, et qui n'avaient pas peur de se laisser aller, participant avec moi à cet espace dans lequel on se laisse emporter par une énergie qui nous dépasse. La danse, la sensualité, une émotion, c'est en fin de compte une forme de liberté, d'archétype que l'on exprime. Ça nous dépasse et c'est la beauté à l’état pur vécu dans le corps et l'expérience du moment avant de l'être dans l'image.

The third learning: getting a step back

On my way, my studies in anthropology being my main activity taught me to always have a critical look and a retreat from my work as a model. Very soon I realized that the nude, the body, the place of the woman, or all these elements are not neutral: they constitute, in themselves, an important cultural baggage charged with unsaid things and symbols, to be considered, in the artistic creation of course, but also in the relationship between the photographer and the model.

I also realized that on the level of human psychology, I flirted with fantasies, projections, and the unconscious of the other. I became a white screen on which the psyche of the other unfolded. The emotions I was asked for or the poses gave me an idea of he individual I had in front of me, his limits, his fears and his spaces of fragility. I understood that I, too, had my own biases and my own stories to replay, to investigate. Seeing the look of the other, how I responded to some people, taught me a lot about human beings.

My best collaborations have been with artists who, also aware of this in-between in which the creation falls, and who were not afraid to let themselves go, participating with me in this space in which one is carried away by an energy that surpasses us. Dance, sensuality, emotion is ultimately a form of freedom, an archetype that one expresses. It surpasses us and it is pure beauty lived in the body and the experience of the moment before being in the picture.

Backstage of session with Damian Siqueiros for his project 10x10, video by Guillermo (get to the video here), Montreal 2015

Backstage of session with Damian Siqueiros for his project 10x10, video by Guillermo (get to the video here), Montreal 2015

Le quatrième apprentissage : apprendre à se connaître

J'ai appris à me connaître surtout lorsque j'ai commencé à faire des autoportraits. C'était devenu pour moi une urgence, le besoin de me confronter à moi-même sans besoin d'être belle ou d'exprimer une émotion spécifique. Mes autoportraits sont devenus mes notes anthropologiques, mon étude du mouvement et de l'émotion. J'ai commencé à me documenter sur les pratiques corporelles intelligentes qui lient émotion et mouvement comme le butoh, la danse contact ou le théâtre physique. En date, ma dernière découverte qui fait écho à ma démarche : L'espace Vide de Peter Brook. J’aime lorsqu’il écrit que "sa principale préoccupation qui consiste à ne pas cesser de progresser en tant que comédien, ce qui implique de ne pas cesser de progresser en tant qu'homme. C'est toute son existence qui doit tendre à son développement artistique".

L'auteur élabore entre le travail de l'acteur, porteur d'une vérité au-delà des mots, de la parole, vivante et réactualisée à chaque instant, qui va se transmettre dans la culture, dans le moule de son temps et par ses capacités d'expression. Le public est le regard. Loin d'être passif, il est actif. Le regard neuf permet à l'acteur/artiste de s'exprimer pleinement alors que le regard chargé de mémoire, de savoir et de concept, ne fera qu’enliser et répéter un schéma, ou ce qu'on appel plus communément une image clichée.

Avec les autoportraits, c'est la confrontation de moi-même avec mon propre regard, mes propres préjugés et schémas auxquels j'ai appris à faire face. Explorer soi-même c'est apprendre à se connaître, voir que ce qui nous fait si peur et en fait toujours bien moins que ce que l'on imaginait.

Selfportrait, Chile in the Andes 2017

Selfportrait, Chile in the Andes 2017

Selfportrait with Ciara, post production by Stef. D, Montreal 2017

Selfportrait with Ciara, post production by Stef. D, Montreal 2017

The Fourth Learning: Getting to Know yourself

I got to know myself especially when I started making self-portraits. It had become an urgency for me, the need to confront myself with no need to be beautiful or express a specific emotion. My self-portraits have become my anthropological notes, my study of movement and emotion. I began to research about the intelligent bodily practices that link emotion and movement such as butoh, contact dance or physical theater. To date, my latest discovery that echoes my approach is “The Empty Space” from Peter Brook. I like it when he writes that "his main concern is not to stop progressing as an actor, which implies not to stop progressing as a man. Its artistic development ".

The author elaborates between the work of the actor, the bearer of a truth beyond words, speech, alive and updated every moment, which is transmitted in the culture, in the mold of his time and by his abilities to express themselves. The public is the look. Far from being passive, it is active. A fresh observation allows the actor/artist to express himself fully, while the gaze loaded with memory, knowledge and concept will only bury and repeat a pattern, commonly called cliché.

With self-portraits, it is the confrontation of myself with my own gaze, my own prejudices and patterns that I have learned to face. To explore oneself is to get to know oneself, to see that what makes us so afraid is, in fact, always less than we imagined. 

The darling Mansion, Toronto 2017

The darling Mansion, Toronto 2017

Montreal 2015

Montreal 2015