Exploration: La Composition

La composition vue par le photographe

La composition d'image est un amalgame de différents ingrédients. C'est l'organisation des éléments que l'on retrouvent dans l'image, telles que les lignes droites ou les formes, mais ce sont aussi les couleurs, les textures, les lumières et les ombres ou encore la profondeur de champ. Réussir une bonne composition c'est réussir à faire une image qui semble équilibrée naturellement, une image qui raconte une histoire et à laquelle il n'y a rien à ajouter, rien à enlever. À ma connaissance, il n'y a pas de recette pour réussir... Par contre, il y a plusieurs indices et ingrédients pour aider le photographe à explorer et à trouver la meilleure façon de cadrer ou une autre manière de le dire : de définir son langage visuel

The composition seen by the photographer
Image composition is an amalgam of different ingredients. It is the organization of the elements that are found in the image, such as straight lines or shapes, but also colors, textures, lights and shadows or depth of field. To succeed in a good composition is to succeed in making an image that seems balanced naturally, an image that tells a story and to which there is nothing to add, nothing to remove. To my knowledge, there is no recipe to succeed... On the other hand, there are several clues and ingredients to help the photographer to explore and find the best way to frame or another way of saying it: to define his visual language.

La composition commence dès qu'on ouvre les yeux, en posant le regard sur le passant au coin de la rue ou sur l'arbre inondé de lumière. Pour le simple plaisir, il faut chercher à encadrer du regard ce qui nous entoure, constater le rythme des objets, dessiner des yeux la silhouette ou apprécier la lumière éblouissante. Il faut chérir ce qu'on regarde...et il faut se questionner: Comment pourrais-je encadrer ces objets? Horizontalement ou verticalement? 
Comment pourrais-je utiliser la fenêtre, les armoires, les murs? Quelles textures sont intéressantes? Quelles couleurs contrastent avec le modèle? Comment m'orienter en fonction de la lumière? Quelles sont mes limites? Quelle ambiance se dégage de la scène? Comment appuyer cette ambiance par la composition? Quel plan? Éloigné, plan moyen ou gros plan? À vol d'oiseau ou assis sur le sol?

Composition begins as soon as one opens his eyes, looking at the passer-by at the corner of the street or looking at the tree flooded with light. For the simple pleasure, we must seek to frame what is around us, to observe the rhythm of the objects, to mentally draw the silhouettes or to appreciate the dazzling light. We must cherish what we look at...and we must ask ourselves: How can I frame this? Horizontally or vertically? 
How can I use the window, cabinets, walls? What textures are interesting? What colors contrast with the model? How can I orient myself according to the light? What are my limits? What atmosphere emerges from the scene? How to support this atmosphere by the composition? Wide-angle, medium shot or close-up? On a chair or on the ground?

Pour m'aider à prendre des décisions, je fais souvent référence aux grilles de composition. Il en existe à l'intérieur de Photoshop et Lightroom. De nombreux livres et tutoriaux en parlent, et plusieurs artistes ne jurent que par ces méthodes d'organisation.  

Personnellement je préfère en parler comme des outils permettant de guider le photographe lors du cadrage, rien n'oblige à utiliser ces grilles. Elles permettent d'aider à organiser ce qui se trouve devant la caméra pour équilibrer l'image. La composition est un jeu d'organisation de formes et de masses dans l'espace. Parfois, on peux déplacer les éléments nous-même, d'autres fois, c'est en se déplaçant (ou pas) dans l'environnement qu'on définit ses choix. Les grilles permettent de placer des repères dans l'espace, d'aligner les éléments pour donner un sens et guider lorsqu'on appuie sur le déclencheur.

Sans être une obligation, les grilles contribuent à l'organisation des éléments d'une image. L'œil humain apprécie l'équilibre, l'harmonie. Il cherche à être guidé à travers une certain structure, plus ou moins subtile.  Without being an obligation, the grids contribute to the organization of the elements of an image. The human eye appreciates balance, harmony. It seeks to be guided through a certain structure, more or less subtle .

Sans être une obligation, les grilles contribuent à l'organisation des éléments d'une image. L'œil humain apprécie l'équilibre, l'harmonie. Il cherche à être guidé à travers une certain structure, plus ou moins subtile. 

Without being an obligation, the grids contribute to the organization of the elements of an image. The human eye appreciates balance, harmony. It seeks to be guided through a certain structure, more or less subtle .

To help me make decisions, I often refer to composition grids. There are some inside of Photoshop and Lightroom. Many books and tutorials speak about it and many artists swear by these methods of organization in their work.

Personally I prefer to talk about it as tools to guide the photographer during the framing, nothing obliges to use these grids. They help to organize what is in front of the camera to balance, organize the image. Composition is a puzzle game of forms and masses in space. Sometimes we can move the elements ourselves, At other times it is by moving (or stay still) in the room that we define our choices. The grids allow you to place marks in space, align the elements to give meaning and guide you when you press the shutter button.

Comme Guillermo était présent avec nous (vidéos à venir!) j'ai dû prendre en considération sa présence lors du cadrage. La séquence a durée 12 minutes et j'ai pris un total de 255 photos dont je n'en ai conservé que 14 (retouchées et recadrées dans Photoshop). As Guillermo was present with us (videos to come!) I had to take into consideration his presence during the framing. The sequence lasted 12 minutes and I took a total of 255 photos of which I kept only 14 (retouched and cropped in Photoshop).

Comme Guillermo était présent avec nous (vidéos à venir!) j'ai dû prendre en considération sa présence lors du cadrage. La séquence a durée 12 minutes et j'ai pris un total de 255 photos dont je n'en ai conservé que 14 (retouchées et recadrées dans Photoshop).

As Guillermo was present with us (videos to come!) I had to take into consideration his presence during the framing. The sequence lasted 12 minutes and I took a total of 255 photos of which I kept only 14 (retouched and cropped in Photoshop).

Aussi je fais confiance à ce qui se passera...Je sais que les poses me donneront des idées...je sais que je trouverai...C'est déjà là, je dois juste l'identifier. Les sessions improvisées sont toujours captivantes car elles m'offrent un défi à travers la spontanéité...Je dois passer à l'action malgré les doutes et la peur de me tromper et de manquer des opportunités.

Cette fois dans la cuisine, c'est le contraste des lignes droites avec le corps humain qui m'a guidé. J'avais l'intuition qu'il fallait montrer le corps isolé dans l'espace plus froid de la cuisine. Instinctivement, j'ai d'abord pris une certaine distance pour mettre l'emphase sur l'environnement. Puis en suivant les mouvements de Phylactère et les types de poses, j'ai adapté ma distance et la focal de l'objectif (24-70mm) pour permettre de continuer à mettre en relation le corps et le décors. 

Au cours d'une session aussi spontanée on a peu le temps pour penser, et ce n'est qu'après, avec le recul que l'on apprécie certains choix moins que d'autres. Par exemple, je me dis que j'aurais pû m'approcher d'avantage à certains moments ou prendre le temps de demander la reprise de quelques poses intéressantes que je n'ai pas su cadrer de la meilleure façon. Ce processus fait partie du jeu: dans cette manière de travailler, chaque session photo est différente, imprévisible et il faut réagir vite. Ce que j'apprends, je le mettrai en pratique la prochaine fois. L'apprentissage est sans fin, et le regret doit faire place à l'humilité et au gain d'expérience. 

Also I trust what will happen ... I know the poses will give me ideas ... I know I will find ... It's already there, I just have to identify it. The improvised sessions are always fun because they offer me a challenge through spontaneity ... I need to take action in spite of the doubts and the fear to fail, to miss opportunities.  This time in the kitchen, it was the contrast of the straight lines with the human body that guided me. I had the intuition that it was necessary to show the isolated body in the colder space of the kitchen. Instinctively, I first took a certain distance to put the emphasis on the environment. Then by following the movements of Phylactere and the types of poses, I adapted my distance and the focal length of the objective (24-70mm) to continue to relate the body with the surroundings.

During such a spontaneous session there is little time to think, and it is only afterwards, with hindsight, that one appreciates certain choices less than others. For example, I think I could have gotten closer at certain times or take the time to ask for the resumption of some interesting poses that I did not frame in the best way. This process is part of the game: in this way of working, each photo session is different, unpredictable and must react quickly. What I learn, I will put it into practice next time. Learning is endless, and regret must be replaced by humility and gain of experience.

 

La composition vue par le modèle

Mon corps est fait de ligne, de courbes et de volumes. L'espace et moi, c'est un langage. Il m'envoie une énergie, j'en renvoie une. Il me donne sens, je lui en donne un autre. C'est un dialogue qui nait dans l'instant, où tout peut arriver. Ce sont des propositions, de l'écoute, une exploration. C'est tellement important de "faire corps" avec son environnement quand on est modèle ou interprète du corps. La composition n'est pas une fin en soi, elle est un outil exceptionnel d'expression. Si mes mots sont mon moyen de communiquer une idée, alors la composition sont les mots de l'artiste visuel. La composition est un langage qui traduit une émotion, une sensation, un état d'être. 

The composition seen by the model
My body is made of line, curves and volumes. Space and I are a language. He sends me an energy, I send back one. He gives me meaning, I give him another. It is a dialogue that is born in the moment, when everything can happen. These are propositions, listening, exploration. It is so important to "make body" with one's environment when one is a model or interpreter of the body. The composition is not an end in itself, it is an exceptional tool of expression. If my words are my way of communicating an idea, then the composition are the words of the visual artist. Composition is a language that translates an emotion, a sensation, a state of being.

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Je n'ai pas l’œil derrière la caméra, pourtant, la composition, je la perçois à travers mon senti. Je vois les lignes, alors je les prolonge avec mes membres. Je vois un espace vide, alors je l'épouse avec un bras ou une jambe. J'épouse ou je contraste, ça dépend ce que je veux dire. 

C'est au photographe de capter le moment. Le travail, c'est d'accorder notre regard pour dire la même chose, sans avoir besoin de trop parler pendant la session.

Pour moi, l'espace vide, "l'espace négatif", est crucial. Il est la respiration. Comme dans le silence du comédien lorsqu'il dit son texte, c'est en fait là que tout se joue, c'est dans cet espace vide par lequel le plein prend toute sa puissance. Une autre chose que j'aime, c'est travailler des poses inattendus, détourner l'espace et les objets de leurs utilisation attendu, leur redonner vie sous une autre perspecive et ainsi créer comme pour procurer un court circuit dans l'espace d'habitude et d'attente du spectateur, comme dans cette photo avec la tête dans le lavabo, les orteils recroquevillés sur eux-même. Quant aux poses de dos ou en déhanché, elles font partie du registre classique, atemporel. C'est un rappel à nos pères, nos racines que l'on revisite dans une cuisine, pourquoi pas?!

I do not have the eye behind the camera, yet, composition, I perceive it through my feel. I see the lines, so I extend them with my members. I see an empty space, so I marry her with an arm or a leg. I marry or contrast, it depends what I mean.

It is up to the photographer to capture the moment. The job is to give our eyes to say the same thing, without having to talk too much during the session.

For me, empty space, "negative space", is crucial. It is breathing. As in the silence of the actor when he says his text, it is actually there that everything is played, it is in this empty space by which the full takes all its power. Another thing I like is to work unexpected poses, to divert space and objects from their expected use, to give them life under another perspecive and thus to create as to procure a short circuit in the space of an object, Habit and expectation of the viewer, as in this picture with the head in the sink, the toes curled up on themselves. As for the back's poses or the hip twist, they are part of the classic register, timeless. It is a reminder to our fathers, our roots that we revisit in a kitchen, why not ?!

Chaque partie de mon corps veut dire quelque chose, tend vers mon discours.

Je sais qu'avec les années, j'ai vu tellement de photos et de dessins, tellement étudié la composition à travers l'oeil des photographes et des artistes pour qui je posais, qu'elle est rentrée dans ma chaire. Je n'y pense plus pendant la session photo, je sais que mon corps sais mieux que ma tête, alors je laisse faire. C'est une délicieuse sensation, très organique. La déformation professionnelle, c'est quand tu es dans un contexte tout à fait normal de la vie quotidienne (tu fais la vaisselle, ton épicerie ou tu bois un thé à une terrasse) et là tu te vois dans une posture et tu te dis "maizan ça ferait une belle photo, la composition de mon corps par rapport à la relation de la structure de la chaise/du cadre est vraiment intéressante!". Tout comme un photographe voit de la composition partout, même lorsqu'il n'a pas sa caméra avec lui, je la vie dans mon corps quotidiennement, en relation avec les nouveaux espaces que je visite.

Every part of my body means something, tends toward my speech.

I know that over the years, I have seen so many pictures and drawings, studied composition through the eyes of photographers and artists for whom I posed, that it is under my skin. I no longer think about it during the photo session, I know my body know better than my head, so I let it. It is a delicious sensation, very organic. Professional deformation is when you are in a normal context of everyday life (you do the dishes, your grocery or you drink a tea on a terrace) and there you see yourself in a posture and you tell yourself "Yeah it would make a beautiful picture, the composition of my body compared to the relationship of the structure of the chair / frame is really interesting!". Just as a photographer sees composition everywhere, even when he does not have his camera with him, I live in my body daily, in relation to the new spaces I visit.