Exploration: A Brazilian Tale

 
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Je suis sur la route de nouveau. La France pour quelques jours, puis me voilà au Brésil, terre féminine, terre du ventre et de la chair, de la musique qui rappelle les rythmes primaires semblables aux battements d'un coeur, et de danse où les pieds frappent le sol et les reins se balancent comme pour répéter la création primordiale. Lumière qui habite l'espace, je redécouvre mon corps qui change tout le temps, constamment. Depuis quelques semaines les rondeurs m'enrobent, et je m'y sens bien. Mon ventre est vallonné, les vergetures sur mes fesses qui s'arrondissent et les seins dont le poids du temps leur donne une forme de poire. Ma chair... ce corps avec lequel je fais corps, finalement. Mon corps qui a déjà été esthétiquement plus beau, mais dans lequel je ne me sentais tout de même pas habité. Les glaces ont fondus, la froideur m'a quitté, et je réintègre ce corps comme un poussin couvé par la chaleur maternelle. Je suis vivante.

I'm on the road again. France for a few days, then here, in Brazil, the feminine land, the land of the belly and the flesh, music that recalls primary rhythms similar to the beating of a heart and dance where feet strike the ground and the loins swing as if to repeat the primordial creation. Light that inhabits space, I rediscover my body that changes all the time, constantly. For a few weeks the roundnesses have surrounded me, and I feel good about it. My belly is undulating, the stretch marks on my buttocks that is rounder and the breasts that weight of time is giving them a pear shape. My flesh ... this body with which I am whole, finally. My body which has already been aesthetically more beautiful, but in which I still did not feel inhabited. The ice has melted, the coldness has left me, and I reintegrate this body like a chicken brooded by maternal heat. I am alive.

 

Le corps est un défi pour chacun, quel qu'il soit. Celui qui se pense beau à constamment peur de perdre sa beauté et s'obsède avec son image, se déprime dès qu'elle ne correspond plus à son "mieux". Quand à  celui qui se pense laid, il se répète jours après jour qu'il serait mieux, plus heureux, s'il était différent.

Les modèles, contrairement à ce que l'on croit, sont extrêmement peu sûr d'elles: "j'ai toujours pensé que j'étais tellement laide que c'était indécent que je sorte dans la rue sans un sac sur la tête pour cacher mon visage" ou encore "ma plus grande peur pendant longtemps, c'était d'arriver à une session photo, que le photographe ouvre la porte, me regarde de haut en bas et me dise "c'est ça?!" et qu'il me renvoie". J'ai appris qu'il y a une certaine approche, par laquelle le corps devient une exploration, une manière de réparer les cicatrices comme le modèle vivant, ou parfois la photographie artistique quand elle est bien faite. Être nu devant des artistes, sentir le regard qui observe avec parfaite attention et sans le moindre commentaire les courbes, les formes, les lignes, les volumes et l'espace, répare le corps d'émotion.

The body is a challenge for everyone, whatever it is. The one who thinks it is beautiful will constantly be afraid of losing its beauty and obsessed with its image, depresses as soon as it no longer corresponds to its "best". As for the person who thinks he is ugly, he repeats to himself day after day that he would be better, happier, if he were different.

Models, contrary to what one thinks, are extremely unsecure: "I always thought that I was so ugly that it was indecent when I went out on the street without a bag on my head to hide my face "or" my biggest fear for a long time, was to arrive at a photo session, that the photographer opens the door, looks up and down and says "that is it?!" before he sends me back. " I learned that there is a certain approach, by which the body becomes an exploration, a way to repair scars like life-drawing or sometimes artistic photography, when it is done well. To be naked in front of artists, to feel the gaze that observes curves, shapes, lines, volumes and space with perfect attention and without comment, repairs the body of emotion.

 
 

Il n'y a pas de corps heureux, mais il n'y a que des êtres qui se sentent bien avec ce qu'ils sont parce que c'est ce qui leur a été donné comme véhicule pour cette vie. Paradoxalement, essayé d'aimer son corps est une chimère. Car qui "aime" peut aussi "détester". L'amour de son corps, de sa peau, de sa chair, ne pourra s'exprimer que lorsque j'apprends à être heureux avec ce que je suis, non pas par résolution fatale, mais parce que je me rends compte combien c'est ce corps, ses limites, mon psychisme, et mes expériences de vie marquées dans ma peau, qui me permettent de me questionner, de grandir, de devenir riche de l'intérieur.

J'ai étudié en anthropologie, et l'anthropologie du corps m'a toujours fascinée. Une chose est certaine: le corps n'a rien à voir avec une enveloppe neutre. On incorpore (in-corps-pore) la culture, et nos expériences de vie. Ça veut dire qu'elles marquent notre corps, comme une carte symbolique, comme un écran blanc où le psychisme se projette. Le rapport que l'on a avec lui s'engage à plusieurs niveaux, qu'ils soient culturels, ou intimes.

There is no happy body, but there are people feeling good about what they are because it is what has been given to them as a vehicle for this life. Paradoxically, trying to love his body is a chimera. For the ones who "loves" can also "hate". The love of the body, of the skin, of the flesh, can be expressed only when I learn to be happy with what I am, not by fatal resolution, but because I realize how much this body, its limits, my psyche, and my life experiences are marked in my skin, which allow me to question myself, grow, become rich from within.

I studied anthropology, and the anthropology of the body has always fascinated me. One thing is certain: the body has nothing to do with a neutral envelope. We embody (em-body) our culture, and our life experiences. It means that they mark our body, like a symbolic map, as a white screen where the psyche project itself. The relationship we have with it is relies on many levels, whether cultural or intimate.

 
 

Le corps est la porte de mon bonheur, non pas en l'aimant, mais en voyant combien en lui tout est contenu: il est le plus bel outil qui me permet d'apprendre à me connaître. Blanc, noir, gros, maigre, beau, laid, petit, grand... il faut voir combien on le conditionne à être quelque chose, combien on y voit la problématique, combien chaque mouvement quotidien est une manière de compenser un malaise intérieur.

Certain disent que je suis modèle, moi je préfère artiste du corps. Je ne suis pas modèle à cause de mon apparence, mais parce que je me sers de mon corps pour montrer combien je ne suis pas différente de toi. Tous les êtres humains portent les mêmes émotions, les mêmes peurs. Derrière mon corps, se cache mon cheminement. Ma nudité, c'est pour dire avec la tendresse la plus débordante , "regarde! je suis toi, nous sommes chacun des miroirs les uns des autres. Ce cheminement je le fais, il est accessible à tous. Chaque instant est le bon moment pour débuter l'introspection".

The body is the door of my happiness, not by loving it, but by seeing how much it contains: it is the most beautiful tool that allows me to get to know myself. White, black, fat, skinny, beautiful, ugly, small, tall ... you have to see how much we condition our body to be something, how much we see the problematic, how much every daily movement is a way to compensate for an inner malaise.

Some say I am a model, I prefer body artist. I am not a model because of how I look, but because I use my body to show how I’m not different from you. All human beings carry the same emotions, the same fears. Behind my body, lies my path. My nakedness is to say with the most overflowing tenderness, "Look, I am you, we are a mirror to each other. This is my path, it is accessible to all. Every moment is the right time to begin introspection ".

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